Un an pour convoquer la parole … et ce que le pays en attend maintenant
- 23 septembre 2026
14 septembre 2026. Dans un fokontany quelque part à Madagascar, une réunion se tient enfin. Ce n’est qu’une réunion parmi des milliers à venir, la première d’un processus censé recueillir la parole de tout un peuple. Il aura fallu près d’un an, et quatre calendriers successifs, pour que la promesse faite au lendemain de la chute de Rajoelina se transforme enfin en date concrète.
Un an après le 25 septembre 2025, la concertation nationale à Madagascar — réclamée depuis le tout premier jour de la Refondation — vient à peine de démarrer. Le retard est réel et il mérite d’être dit. Mais à l’approche des échéances électorales de 2027, la question qui compte désormais n’est plus seulement « pourquoi si tard ? ». C’est : « qu’est-ce que la population, et la jeunesse en particulier, est en droit d’attendre de ce processus, maintenant qu’il est lancé ? »
Un calendrier enfin posé
Le processus a été confié par le président de la transition, Michaël Randrianirina, au Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM), à qui l’État a accordé, le 3 juin 2026 à Ambohitsorohitra, une pleine compétence pour son organisation, rapporte L’Express de Madagascar. L’objectif : recueillir la parole des citoyens de tout le pays, de la base — les fokontany — jusqu’au sommet, avant de nourrir la nouvelle Constitution et le futur système électoral.
Le calendrier a mis du temps à se stabiliser — un lancement d’abord envisagé en décembre 2025, puis en mai, puis en juin 2026, selon AllAfrica — avant qu’un chronogramme ferme ne soit annoncé le 26 août 2026 : ouverture au niveau des fokontany le 14 septembre, puis des communes le 5 octobre, des districts le 26 octobre, des régions le 16 novembre, pour une concertation nationale finale entre mars et mai 2027, précise L’Express. Les résolutions seront publiées après mai 2027, juste avant le référendum constitutionnel et la présidentielle annoncés entre mai et juillet de la même année. Onze mois se seront donc écoulés entre la promesse et le premier acte concret — un délai qu’il fallait résorber, et qui l’a été.
En août 2026, la confirmation du calendrier de ces concertations nationales a fait l’objet d’une couverture internationale, soulignant les enjeux majeurs de cette initiative pour l’avenir démocratique du pays. Découvrez le reportage de France 24 retraçant les étapes clés de ce processus de refondation :
Une chaise, enfin, pour ceux qui l’ont réclamée
Il y a, dans ce dossier, une avancée qui mérite d’être soulignée avec la même clarté que les retards : Gen Z Madagasikara, qui réclamait le lancement du processus depuis des mois en s’appuyant sur sa Charte d’Engagement Gen Z Madagasikara, siège désormais officiellement au comité exécutif chargé de le piloter, selon AllAfrica. C’est la reconnaissance concrète que la génération qui a porté le pays vers sa refondation a sa place dans la construction de ce qui doit lui succéder. La ministre chargée de la Refondation, Hanitra Razafimanantsoa, présente ces concertations comme une « première » dans l’histoire politique récente du pays, une initiative appelée à « donner de l’espace » aux Malgaches pour que la parole remonte enfin de la base vers le sommet.
Ce que la population — et la jeunesse — attend maintenant
C’est là que se joue l’essentiel. Un processus enfin lancé n’a de valeur que s’il tient ses promesses jusqu’au bout, et à l’approche d’un scrutin constitutionnel et présidentiel, les attentes sont hautes — pour Gen Z Madagasikara comme pour l’ensemble de la population. Trois exigences structurent aujourd’hui ce que le pays attend de la concertation nationale à Madagascar :
- Que le calendrier tienne, cette fois, sans nouveau report. Après onze mois d’attente, chaque étape — fokontany, communes, districts, régions, puis concertation nationale — doit désormais se dérouler dans les délais annoncés en août. C’est la condition minimale pour que le processus garde la confiance qu’il a mis un an à obtenir.
- Que la voix de la jeunesse, désormais représentée au comité exécutif, pèse réellement dans les résolutions finales. Une chaise à la table doit se traduire par une influence concrète sur le contenu des débats et des conclusions — pas seulement par une présence symbolique dans les photos officielles.
- Que les initiatives citoyennes déjà engagées trouvent leur place dans le processus officiel. À Antananarivo, le Conseil national des femmes de Madagascar a réuni dès fin juillet 2026 une cinquantaine de femmes leaders pour préparer, en amont, leurs propositions sur la future Constitution et le système électoral — une anticipation née de la longue attente du calendrier officiel, qui mérite d’être pleinement intégrée plutôt que traitée comme une initiative parallèle.
Une échéance qui profite à tout le monde
À l’aube d’un référendum constitutionnel et d’une élection présidentielle, la réussite de cette concertation nationale n’est pas seulement l’affaire de Gen Z Madagasikara ou de la société civile : elle conditionne la légitimité même du cadre institutionnel qui en sortira. Un processus perçu comme sincère et abouti donnera au pays une base solide pour aborder 2027 ; un processus bâclé ou perçu comme verrouillé fragiliserait la Refondation tout entière, quel que soit le camp.
Un an après le 25 septembre 2025, la concertation nationale est passée de la promesse aux premiers actes. C’est un point de départ, pas une ligne d’arrivée. Le pays qui a su se mobiliser en quelques semaines pour faire tomber un régime saura, à n’en pas douter, rappeler à ceux qui pilotent ce processus ce qu’il attend d’eux d’ici mars 2027 — dans l’exigence, mais aussi dans l’esprit de construction qui doit désormais l’animer.



