JIRAMA : Un an après, toujours dans le noir
- 18 septembre 2026
À l’aube des soulèvements de septembre 2025, l’accumulation des coupures d’eau et l’exaspération face à la Jirama et au délestage à Madagascar constituaient la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, poussant la jeunesse à descendre dans la rue. Un an après la chute de l’ancien régime, le constat reste dramatique pour les ménages et les entreprises.
Dans le cadre de notre série « 1 an plus tard : qu’est-ce qui a changé ? », Gen Z Madagascar poursuit son travail d’évaluation citoyenne. Après notre premier chapitre consacré à l’exfiltration et l’impunité d’Andry Rajoelina à Dubaï, nous analysons aujourd’hui la situation énergétique : la crise a-t-elle été réellement traitée, ou a-t-on simplement masqué la réalité pour apaiser la rue ?

1. L’illusion d’une accalmie avant le retour du délestage de la Jirama à Madagascar
Dans les mois qui ont suivi le soulèvement de septembre 2025, les usagers ont constaté une baisse spectaculaire des coupures d’électricité. Pendant une courte période, la lumière est restée allumée de manière quasi ininterrompue à Antananarivo et dans les grandes villes.
Cette accalmie soudaine, perçue par beaucoup comme une consigne politique donnée aux dirigeants de la compagnie pour calmer les esprits, n’était qu’un trompe-l’œil. Sans réelles réformes de fond, la réalité du réseau a vite repris le dessus :
- Juin 2026 : Les premières coupures inexpliquées et les baisses de tension ont réapparu progressivement.
- Août 2026 : La JIRAMA a officiellement rétabli le calendrier de délestage tournant sur le Réseau Interconnecté d’Antananarivo (RIA).
Pour la population, le constat est clair : la situation financière et technique n’a jamais été assainie. L’État a simplement colmaté les fissures pour maintenir une paix sociale temporaire.
2. Un réseau saturé et l’aveu d’échec face au délestage à Madagascar
Récemment, la direction de la JIRAMA déclarait publiquement que la fin du délestage n’était pas pour cette année, confirmant l’incapacité de la compagnie à répondre à la demande malgré les opérations palliatives de pluie provoquée au barrage d’Andekaleka.
Preuve ultime du blocage structurel : la JIRAMA a dû suspendre la réception des nouvelles demandes de raccordement en eau et électricité, privant des milliers de foyers et de jeunes entrepreneurs d’un accès élémentaire à l’énergie.
3. L’eau au bidon jaune : la double peine du quotidien malgache
La crise de la JIRAMA ne se limite pas à l’obscurité des délestages : elle assèche également les robinets des foyers malgaches. Pour des millions de familles, le quotidien reste marqué par la corvée d’eau, l’attente interminable aux bornes-fontaines et la hausse du prix du bidon auprès des revendeurs privés. L’accès à une eau propre et potable demeure un défi sanitaire et financier permanent.
Cette réalité quotidienne, partagée par des milliers de ménages à Antananarivo comme dans les provinces, illustre l’urgence d’une prise en charge globale des services publics de base :
4. Matériel public séquestré à Toamasina : les défaillances de la JIRAMA
Les coupures quotidiennes s’expliquent également par des défaillances de gestion et la captation d’actifs publics par des réseaux d’intérêts privés.
L’exemple le plus frappant reste la découverte à Tanandava (Toamasina) de matériel de la JIRAMA stocké dans un entrepôt privé appartenant au groupe SODIAT déjà évoqué dans nos enquêtes sur les affaires d’État et la corruption à Madagascar. Des panneaux solaires importés près de deux ans auparavant pour installer des parcs publics à Betroka, Andilamena et Ambatondrazaka y sont restés inutilisés pendant que les habitants croupissaient dans le noir.
Ces faits exigent des explications publiques de la part des autorités :
- Qui a autorisé l’entreposage de matériel public destiné aux régions dans un site privé ?
- Pourquoi ces infrastructures solaires n’ont-elles jamais été déployées sur le terrain ?
- Quelles enquêtes et sanctions ont été diligentées depuis la mise au jour de cette affaire ?
5. Mainmise sur le secteur énergétique et monopoles privés
La crise de la JIRAMA est entretenue par sa dépendance envers des producteurs privés d’électricité et des fournisseurs de carburant lourd.
Les prises de parole du député Fidèle Razara Pierre lors de l’émission Miara Manonja ont publiquement dénoncé ce système de rente, pointant la concentration des contrats stratégiques entre les mains de grands groupes financiers. Il a notamment dénoncé le mécanisme d’achat d’électricité à prix fort par la JIRAMA, revendue ensuite à perte aux citoyens, ainsi que le pantouflage entre la haute administration du ministère et les entreprises privées du secteur.
L’énergie nationale a trop longtemps servi d’instrument de profit privé au détriment de l’intérêt général.
6. Ce que réclame la jeunesse malgache pour stopper la crise
Bien que des projets de centrales photovoltaïques soient annoncés pour diversifier le mix énergétique, la population ne se satisfera plus de promesses de façade.
Pour mettre un terme au délestage de la Jirama à Madagascar, nous appelons les autorités de transition à agir immédiatement :
- Publier un audit complet de la JIRAMA : Dire la vérité sur l’état réel des finances, des stocks de carburant et de la capacité de production.
- Réviser les contrats d’achat d’électricité : Mettre fin aux clauses léonines et aux tarifs d’achat abusifs imposés à la compagnie nationale.
- Faire toute la lumière sur le matériel détourné : Engager des poursuites judiciaires claires contre toute personne impliquée dans la rétention d’équipements publics.
- Instaurer une tolérance zéro sur les conflits d’intérêts : Interdire le passage des hauts fonctionnaires du secteur de l’énergie vers le secteur privé.
L’eau et l’électricité ne sont pas des outils d’apaisement politique. Un an après le soulèvement, nous exigeons un assainissement réel et durable du secteur énergétique.



