Exfiltration et impunité : un an après, qu’en est-il de Rajoelina ?

Un an a passé depuis les rassemblements historiques portés par la jeunesse et le peuple malgache. Un an depuis que la colère face aux délestages interminables, à la corruption et à la dégradation des services publics s’est transformée en une vague de contestation irrépressible. Pourtant, alors que Madagascar tente péniblement de se reconstruire, un goût d’inachevé persiste dans les esprits.

Dans le cadre de notre série d’évaluation « 1 an plus tard : qu’est-ce qui a changé ? », Gen Z Madagascar pose la question que tout le monde se murmure : comment l’ancien chef de l’État peut-il aujourd’hui jouir d’une vie paisible à l’étranger sans jamais avoir eu à répondre de ses actes devant la justice ?

Une fuite orchestrée sous protection étrangère

Le souvenir de la chute du régime reste vif dans les mémoires. Face à la pression de la rue et au refus des forces armées de tirer sur la population, le pouvoir s’est effondré en quelques jours. Mais au lieu de faire face à ses responsabilités ou d’assumer son bilan, Andry Rajoelina a choisi la voie de l’évitement.

Les informations rapportées par plusieurs médias de référence, dont L’Info.re et RFI, ont confirmé l’amertume ressentie par les manifestants : l’ancien président a quitté le territoire national à bord d’un avion militaire français. Une exfiltration qui, pour beaucoup de citoyens, a résonné comme un ultime acte d’ingérence et un déni de justice envers le peuple malgache.

De la destitution officielle à la « dolce vita » à Dubaï

Quelques jours après cette fuite précipitée, l’Assemblée nationale actait la rupture en votant la destitution officielle d’Andry Rajoelina. La page politique était officiellement tournée.

Mais où se trouve-t-il aujourd’hui ? Alors que les familles malgaches continuent de subir les séquelles économiques de ses années de mandature, des publications devenues virales sur les réseaux sociaux indiquent qu’Andry Rajoelina et son épouse Mialy Razakandisa auraient été aperçus à Dubaï, y menant une existence paisible et à l’abri du besoin.

Ce contraste saisissant entre la réalité quotidienne des Malgaches et le quotidien doré de l’ancien couple présidentiel au Moyen-Orient alimente un sentiment profond d’injustice.

Andry Rajoelina et Mialy Razakandisa Rajoelina aperçus à Dubaï après leur exfiltration par un avion français selon Anthelme Ramparany.

Le téléphérique d’Antananarivo : un scandale d’État et une dette pour des générations ?

Parmi les projets phares les plus contestés du régime Rajoelina, le téléphérique de la capitale reste une blessure ouverte dans le paysage urbain. Présenté à l’époque comme la vitrine de la modernité face aux embouteillages d’Antananarivo, ce chantier à 150 millions d’euros financé par des prêts extérieurs est aujourd’hui perçu comme une déconnexion totale face à la détresse de la population.

Alors que le pays peine à garantir l’accès à l’eau potable et à l’électricité, une question hante l’opinion publique : qu’en est-il maintenant ?

Aujourd’hui, ces infrastructures coûtent une fortune en entretien et pèsent lourdement sur les finances nationales. Le gouvernement de transition se retrouve contraint de négocier l’annulation de cette dette colossale, sans quoi ce sont les contribuables et les générations futures qui devront rembourser la note.

Dans les rues de Tana comme sur les réseaux sociaux, la frustration est palpable. Beaucoup d’observateurs et de citoyens n’hésitent plus à véhiculer l’idée d’un véritable complot : la dégradation et l’arrêt de ce type de mégaprojets auraient été orchestrés pour détourner l’attention, imputer le désastre au peuple contestataire, et s’éclipserviolemment avec les fonds engagés avant que la justice ne s’en mêle.

Éléments de langage ou soupçons populaires, une certitude demeure : l’addition financière et sociale, elle, est bien réelle pour les Malgaches.

Un téléphérique à l’arrêt et 150 millions d’euros de dette.

Poursuites judiciaires : le sentiment d’un piétinement

Au lendemain du changement de régime, les nouvelles autorités de transition avaient pourtant envoyé des signaux forts. Comme le rapportait L’Express de Madagascar, des procédures judiciaires avaient été officiellement ouvertes par le ministère de la Justice pour faire la lumière sur les détournements de fonds publics, les scandales de corruption et les exactions commises sous l’ancien régime.

Un an plus tard, le bilan reste extrêmement flou :

  • Où sont les mandats d’arrêt internationaux ? La population attend toujours des actes concrets traduisant une réelle volonté d’extradition.
  • Où en est la saisie des avoirs ? Aucune communication claire n’a été faite sur la récupération des biens mal acquis.

Comme l’a régulièrement souligné Madagascar Tribune, la société civile réclame une transparence totale. L’impression dominante aujourd’hui est celle d’une justice au ralenti, voire d’un accommodement politique au sommet.

Écouter le peuple pour ne pas répéter le passé

Pour Gen Z Madagascar, la reconstruction du pays ne pourra pas faire l’économie de la vérité et de la redevabilité. Permettre à un ancien dirigeant de s’échapper et de profiter du fruit de la corruption en toute impunité envoie un signal désastreux pour l’avenir démocratique du pays.

Les régimes passés ont trop souvent fonctionné sur le principe de l’amnésie générale après chaque crise politique. Pour briser ce cercle vicieux, nous demandons au gouvernement de transition :

  1. De faire un point d’étape officiel sur les démarches judiciaires engagées contre Andry Rajoelina et ses complices.
  2. D’user de tous les canaux diplomatiques nécessaires pour que la justice malgache puisse demander des comptes, où que se trouvent les fugitifs.
  3. De garantir la transparence sur la gestion des dossiers de grande corruption qui ont exsangue les caisses de l’État.

L’apaisement national ne s’achète pas par l’oubli. Un an après, le peuple malgache attend toujours que justice soit faite.