25 septembre 2025 – 25 septembre 2026 : Un an après l’étincelle, le combat de la Gen Z reste intact
- 15 septembre 2026
Il y a bientôt un an, le 25 septembre 2025, l’exaspération face aux coupures récurrentes d’eau et d’électricité à Antananarivo faisait déborder le vase. Ce jour-là, la jeunesse malgache décidait de prendre la rue, entraînant dans son sillage une vague nationale d’indignation face à la corruption, aux inégalités et au délabrement des services publics.
Aujourd’hui, alors que nous approchons du triste anniversaire de ces journées historiques, le constat dressé par la presse et la société civile est sans appel : les promesses d’un réel changement démocratique tardent à se concrétiser.

© Luis Tato / AFP
Le rappel cinglant d’Amnesty International : « Nous avons un rôle majeur à jouer »
Dans une enquête et un entretien récents, Amnesty International revient sur la colère de la Gen Z malgache. L’ONG rappelle le lourd tribut payé par la jeunesse : lors des mobilisations de septembre et octobre 2025, la répression des forces de l’ordre s’est soldée par des centaines de blessés et au moins 22 personnes ayant perdu la vie.
Amnesty donne la parole à des jeunes témoins de ce mouvement :
- Un constat d’étouffement : Comme le rappelle Robert, 20 ans, la jeunesse est lassée d’être ignorée tout en vivant dans une précarité systémique.
- Une résistance internationale : Rova, 23 ans, militant depuis l’étranger, souligne que malgré les risques de surveillance et de répression, « le plus grand risque serait de garder le silence ».
Ce soulèvement populaire avait conduit, le 11 octobre 2025, au renversement du gouvernement, suivi de la prise de contrôle du pays par l’armée avec la promesse d’une transition et d’élections d’ici deux ans.
Une rébellion générationnelle mondiale : De Nairobi à Antananarivo
Ce qui s’est joué à Madagascar le 25 septembre 2025 s’inscrit directement dans une vague de fond internationale portée par la Gen Z. Du Kenya au Népal, en passant par le Maroc ou le Bangladesh, une même génération hyperconnectée se dresse contre les défaillances systémiques de ses dirigeants.
Au Kenya, la jeunesse avait ouvert la voie en occupant la rue sans leader politique ni bannière partisane, bravant la répression pour rejeter des politiques économiques étouffantes et une corruption endémique. À Antananarivo comme à Nairobi, les mécanismes sont similaires : l’utilisation des réseaux sociaux pour contourner la censure, le refus des compromissions de la vieille classe politique, et une exigence radicale de dignité face à des services publics en ruine. La Gen Z malgache ne mène pas un combat isolé ; elle s’inscrit dans un soulèvement mondial où la jeunesse du Sud global refuse de voir son avenir confisqué.
Armes numériques contre censure : De la résistance de 2025 aux menaces de 2026
Partout dans le monde, l’espace numérique est devenu le principal champ de bataille entre la censure d’État et la liberté d’expression. Dès septembre 2025, alors que les coupures de réseau ciblées et le verrouillage des médias traditionnels se multipliaient, les citoyens malgaches ont rejoint cette dynamique mondiale d’auto-défense numérique. En généralisant l’usage des VPN et des messageries cryptées comme Signal ou Telegram, et en s’appuyant sur la diaspora — à l’image de militants comme Rova cités par Amnesty International — la jeunesse a su maintenir le flux d’information avec l’international.
Mais un an plus tard, la menace a changé de visage à l’échelle globale comme locale. La censure ponctuelle fait place à une volonté de contrôle permanent. À Madagascar, ce tournant s’incarne dans les projets de loi n° 040/2026 et 042/2026 sur la surveillance numérique et la fin de l’anonymat en ligne. En cherchant à légaliser le traçage systématique et la collecte de données, ces textes rejoignent une tendance autoritaire mondiale qui vise directement à étouffer l’organisation collective et à tuer dans l’œuf tout élan de contestation.
Un an après : Entre promesses non tenues et persistance de l’impunité
Qu’en est-il aujourd’hui de la situation sur le terrain ? Selon le suivi des médias et des organisations de défense des droits humains :
- Impunité des responsables : Un an plus tard, presque aucune enquête indépendante n’a abouti pour traduire en justice les responsables des violences mortelles commises contre les manifestants en septembre 2025.
- La répression renouvelée : Alors que la crise sociale persiste, les vagues d’arrestations visant des jeunes militants en avril 2026 montrent que l’appareil sécuritaire privilégie toujours l’intimidation à l’écoute des revendications populaires.
- L’exclusion des jeunes de la transition : Promis au cœur des réformes, les collectifs de jeunes constatent avec amertume qu’ils restent tenus à l’écart des grandes décisions politiques de la période de transition.
Garder le cap et faire entendre notre voix
Le 25 septembre n’était pas un simple épisode d’émeutes urbaines, mais l’acte de naissance d’une conscience civique réveillée. Pour le peuple malagasy, se souvenir de cette date, c’est honorer la mémoire de ceux qui sont tombés et réaffirmer que la jeunesse ne sera plus jamais une spectatrice silencieuse de son propre avenir.



