Rencontre Macron – Randrianirina à Paris : Entre pragmatisme diplomatique et vives inquiétudes du peuple malgache
- 10 septembre 2026
Le jeudi 10 septembre 2026, le président de la transition malgache, Michaël Randrianirina, a été reçu au Palais de l’Élysée par son homologue français Emmanuel Macron. Il s’agit de leur seconde poignée de main officielle à Paris depuis la mise en place du régime de transition.
Cette poignée de main diplomatique est perçue par beaucoup dans la Grande Île comme une ombre projetée sur les aspirations de rupture portées par le peuple et la jeunesse depuis la révolte de septembre 2025.
Un tête-à-tête stratégique mais contesté
Officiellement, ce déplacement parisien s’inscrivait dans le cadre du Sommet international sur l’Espace organisant la coopération scientifique et économique. Toutefois, l’entretien bilatéral à l’Élysée a abordé les axes clés de la relation : financement de projets d’infrastructure, appui budgétaire et partenariats économiques avec les entreprises françaises implantées dans le pays.
Mais dans les rues d’Antananarivo et sur les réseaux sociaux, les commentaires sous la couverture de cet entretien témoignent d’un profond malaise. Pour une grande partie des Malgaches, l’image d’un dirigeant de transition allant chercher l’aval ou le soutien de Paris ravive le spectre de la Françafrique et de l’ingérence postcoloniale.
Le souvenir vif des manifestations de septembre 2025
Le contexte historique et récent explique cette défiance. Lors des manifestations historiques menées par la Gen Z Madagascar et la société civile en septembre 2025, un slogan résonnait haut et fort : la souveraineté retrouvée. Après des décennies de tutelle économique et de décisions dictées de l’extérieur, beaucoup estimaient que le moment était venu de couper les ponts diplomatiques ou, du moins, de redéfinir drastiquement les règles du jeu avec l’ancienne puissance coloniale.
Les griefs du peuple malgache demeurent profonds :
- La question irrésolue des Îles Éparses : Symbole de la souveraineté territoriale malgache non restituée.
- L’influence économique : La dominance de grands groupes français dans des secteurs clés alors que la majorité de la population s’enfonce dans la précarité.
- Le sentiment de double jeu : La crainte de voir l’ex-puissance tutélaire adouber les régimes successifs pour préserver ses propres intérêts stratégiques au détriment de la volonté populaire.
Un phénomène continental : Le rejet du statu quo en Afrique
Madagascar ne vit pas cette tension en vase clos. À travers tout le continent africain, la jeunesse et les mouvements citoyens expriment un rejet catégorique des modèles de coopération hérités de la décolonisation :
- Au Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) : Les transitions militaires et citoyennes ont opéré des ruptures diplomatiques nettes en chassant les troupes françaises et en dénonçant les accords de défense pour diversifier leurs partenaires (Chine, Russie, Turquie).
- Au Sénégal et en Afrique de l’Ouest : La montée en puissance de mouvements souverainistes réclame la fin du Franc CFA et la révision de toutes les concessions économiques accordées aux multinationales étrangères.
- Au Kenya et en Ouganda : La Gen Z dénonce les conditionnements d’aide financière qui alourdissent la dette nationale sans apporter de développement réel au citoyen lambda.
Dans tous ces pays, la revendication est identique : une indépendance réelle, un partenariat d’égal à égal et le refus de voir les décisions nationales validées à l’étranger.
Écouter les inquiétudes populaires : Éviter les erreurs des régimes passés
Au-delà des poignées de main protocolaires à Paris, les réserves exprimées par une large frange de la population méritent une écoute attentive. Pour Gen Z Madagascar, il est essentiel que les autorités de transition ne fassent pas la sourde oreille face à ces craintes légitimes.
Les régimes successifs qui ont gouverné Madagascar ont trop souvent commis l’erreur d’isoler la diplomatie du sentiment populaire, négociant des accords perçus comme opaques ou déséquilibrés. Retomber dans ces travers du passé risquerait d’éroder davantage la confiance entre les citoyens et les institutions.
Afin de préserver la paix sociale et la cohésion nationale, nous appelons le gouvernement à intégrer ces aspirations au cœur de sa démarche :
- Entendre la soif de souveraineté : Prendre en compte le besoin de dignité et d’autonomie exprimé par la population, en expliquant clairement la feuille de route diplomatique du pays.
- Garantir une transparence absolue : Rendre publics les contours des partenariats et des engagements économiques pris avec la France ou d’autres puissances étrangères.
- Ne pas répéter les erreurs d’autrefois : Placer les priorités nationales — accès à l’eau, à l’électricité, à la justice et à l’emploi — au-dessus de tout jeu d’influence international.
Construire un avenir stable exige d’écouter les leçons du passé et, surtout, la voix de son propre peuple.



