Lettre ouverte à Madame la Ministre de la Justice : la Gen Z Madagascar interpelle la Refondation
- 24 avril 2026
La Gen Z Madagascar a rendu publique une lettre ouverte adressée à Madame la Ministre de la Justice.
Cette prise de parole s’inscrit dans un contexte politique et judiciaire particulièrement tendu, où la question de la justice à Madagascar, de la liberté d’expression et du traitement réservé aux lanceurs d’alerte suscite une vive inquiétude au sein de la jeunesse engagée.
À travers cet article, nous choisissons de publier et contextualiser cette lettre, afin qu’elle soit lue pour ce qu’elle est : une interpellation citoyenne ferme, politique et assumée, portée par une génération qui refuse le silence et l’arbitraire.
Une justice rapide contre les voix critiques, silencieuse face aux affaires majeures
Dans cette lettre, la Gen Z Madagascar s’étonne de la rapidité avec laquelle certaines voix critiques sont aujourd’hui condamnées ou publiquement désignées, en particulier des lanceurs d’alerte et des militants engagés qui, il y a peu encore, semblaient bénéficier d’un soutien politique.
Cette célérité contraste fortement avec le silence persistant autour de dossiers autrement plus graves pour la nation : pillage des ressources, corruption systémique, enrichissements suspects, violences commises par des agents de l’État restées sans suites claires.
La lettre ne formule pas d’accusations pénales. Elle pose une question citoyenne simple :
👉 la justice à Madagascar s’exerce‑t‑elle avec la même rigueur pour tous ?
Le rôle des lanceurs d’alerte dans le combat pour la justice
La lettre rappelle le rôle central joué par des personnalités qui, les premières, ont dénoncé les dérives de l’ancien régime et ouvert la voie à un combat plus large pour la justice, l’intégrité territoriale et les droits fondamentaux.
Ces lanceurs d’alerte n’ont pas seulement exposé des faits. Ils ont contribué à éveiller une conscience citoyenne, en particulier au sein de la Génération Z à Madagascar, en montrant que contester l’injustice est possible — et nécessaire.
À ce titre, la lettre exprime une profonde inquiétude face à ce qui est perçu comme une inversion des priorités judiciaires : la poursuite de ceux qui parlent, plutôt que l’examen rigoureux de ce qu’ils dénoncent.
Des démarches judiciaires déjà engagées par la Gen Z Madagascar
Contrairement à certaines caricatures, l’engagement de la jeunesse ne s’est pas limité à des prises de parole publiques.
La lettre rappelle que :
- la Gen Z Madagascar a déposé une plainte contre Andry Rajoelina au Parlement,
- la PSOM (Plateforme Stratégique Opérationnelle Multi‑Angulaire) a saisi le BIANCO d’une demande d’enquête, initiative que la Gen Z soutient pleinement.
Ces démarches montrent que la revendication n’est pas l’anarchie, mais l’égalité devant la loi et le respect des procédures républicaines.
Des questions fondamentales toujours sans réponse
La lettre pose ensuite plusieurs interrogations qui restent, à ce jour, ouvertes :
- La justice à Madagascar est‑elle réellement dans l’incapacité de s’auto‑saisir lorsqu’il s’agit d’enquêter sur des violences impliquant des forces de l’ordre ?
- Les scandales politiques dénoncés par le passé ont‑ils été oubliés, ou simplement mis de côté ?
- La boussole morale de l’institution judiciaire permet‑elle réellement de distinguer ceux qui protègent l’intérêt général de ceux qui s’enrichissent sur le dos du peuple ?
Ces questions ne sont pas accusatoires. Elles sont le reflet d’un profond malaise démocratique, partagé par une partie croissante de la population.
La liberté d’expression comme ligne rouge
Au cœur de la lettre se trouve un principe non négociable :
la liberté d’expression à Madagascar.
La Gen Z Madagascar rappelle que contester, dénoncer et questionner le pouvoir fait partie intégrante de toute démocratie digne de ce nom. Persécuter des voix critiques, intimider des militants ou criminaliser l’engagement citoyen revient à fragiliser l’État de droit lui‑même.
La jeunesse ne réclame pas l’impunité.
Elle réclame la cohérence, la probité et le respect du droit.
Un appel à la responsabilité morale et politique
La lettre se conclut par un appel clair à la responsabilité de la Ministre de la Justice, en tant que Garde des Sceaux et garante du respect des principes républicains.
La Gen Z Madagascar y rappelle le chemin parcouru, les combats partagés hier, et interpelle sur la nécessité de choisir aujourd’hui entre la cohérence et le renoncement aux valeurs proclamées.
Il ne s’agit pas d’un règlement de comptes.
Il s’agit d’un appel citoyen à la justice, au nom de la dignité, de l’intérêt général et de l’avenir du pays.
LETTRE OUVERTE À MADAME LA MINISTRE DE LA JUSTICE
25 avril 2026
Madame la Ministre de la Justice,
Nous, la Gen Z Madagascar, sommes impressionnés par votre réactivité pour condamner des lanceurs d’alerte comme le colonel Patrick ou les membres du mouvement Gen Z que vous sembliez pourtant soutenir hier.
Nous reconnaissons là votre hargne et votre véhémence à crier au loup, avec une célérité qui contraste fortement avec le silence observé sur d’autres dossiers autrement plus graves pour la nation.
Nous serons reconnaissants envers vous lorsque vous mettrez ce même zèle à poursuivre les traîtres à la nation qui pillent notre beau pays (Taninjanaka). Vous les connaissez probablement, étant donné que ce sont les personnes qui vous entourent et dont les méfaits sont connus de tous.
Le colonel Patrick a été le premier à se dresser contre les injustices et les méfaits commis par le précédent régime. Il nous a montré la voie du combat pour la justice, pour la défense de nos droits et de l’intégrité de notre pays.
Alors, après votre long silence assourdissant, nous aurions préféré que vous enquêtiez sur les révélations faites par le colonel Patrick ainsi que celles de Madame Raissa Razaivola, et ce, avec la même rigueur que celle déployée pour analyser, décortiquer, interpréter et juger ses précédentes révélations contre les mafieux de l’ancien régime, plutôt que de concentrer les efforts sur la persécution des voix qui cherchent à s’exprimer librement.
Nous tenons à rappeler que :
- la Gen Z a déposé une plainte contre Andry Rajoelina auprès du Parlement ;
- la PSOM (Plateforme Stratégique Opérationnelle Multi‑Angulaire) a déposé une demande d’enquête auprès du BIANCO, et nous soutenons pleinement cette initiative.
Plusieurs interrogations demeurent encore aujourd’hui sans réponse :
- La justice est‑elle réellement en sous‑effectif au point d’être incapable de s’auto‑saisir pour enquêter sur les éléments des forces de l’ordre ayant assassiné des Malagasy dans la rue ?
- La Ministre de la Justice a‑t‑elle oublié tous les scandales politiques qu’elle a elle‑même dénoncés et pour lesquels elle affirmait détenir des preuves lors de son exil politique ?
- La Ministre de la Justice a‑t‑elle perdu sa boussole morale au point de faire fi des mafieux qui gravitent autour du gouvernement et des tribunaux de Madagascar ?
Si vous souhaitez réellement aider notre mouvement, celui de la jeunesse à refonder ce pays dans les meilleures conditions possibles, alors montrez‑nous la voie de la probité, du respect du droit et du combat contre la corruption.
En tant que Garde des Sceaux et Ministre de la Justice, réhabilitez la probité de ce régime de la Refondation, de la même manière qu’il vous a réhabilitée en vous faisant passer de magistrate déchue à super‑ministre.
Madame Fanirisoa Ernaivo, nous n’oublions pas le combat que nous avons mené, et que nous menons encore aujourd’hui. Il est désormais temps pour vous de choisir le vôtre.
Ho an’ny Tanindrazana ! 🇲🇬
La Gen Z Madagascar,
ancien camarade de lutte, en attente de votre cohérence.
Pour une Refondation fidèle à ses promesses
La Refondation ne peut être un slogan ni un récit imposé d’en haut. Elle ne peut exister que si elle reste fidèle aux valeurs qui ont permis son émergence : la justice, la probité, la liberté d’expression et le respect du peuple. Une refondation qui craint la parole de sa jeunesse ou qui criminalise l’engagement citoyen s’éloigne inévitablement de son sens originel.
À travers cette lettre ouverte, la Gen Z Madagascar ne cherche ni la confrontation gratuite ni la déstabilisation. Elle rappelle simplement que refonder un pays exige de la cohérence, du courage politique et une écoute réelle de celles et ceux qui ont porté le changement. Interpeller, questionner et demander des comptes fait partie intégrante du processus démocratique.
La Refondation ne pourra réussir contre la jeunesse, ni dans le silence, ni dans la peur. Elle ne réussira que par la transparence, l’égalité devant la loi et le respect des principes fondamentaux. C’est à cette condition seulement que le terme « Refondation » cessera d’être un mot pour redevenir un engagement.



