Gaëlle Borgia : faire entendre les voix invisibles des femmes à Madagascar

À Madagascar, être femme, journaliste et engagée demeure un combat quotidien. Dans le podcast « Femmes engagées à Madagascar », animé par Jamina Canicave à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, une figure du journalisme engagé apporte un éclairage précieux sur ces réalités : Gaëlle Borgia, journaliste indépendante, correspondante à Madagascar depuis plus de dix ans et lauréate du prix Pulitzer.

À travers son parcours, se dessine bien plus qu’un métier. C’est une démarche profondément citoyenne, qui rejoint les valeurs portées par Gen Z Madagasikara : rendre visibles les invisibles, défendre la dignité humaine et permettre à chaque voix — en particulier celle des femmes — de compter dans l’espace public.

Être femme journaliste à Madagascar : s’imposer dans un univers encore fermé

Dès le début de l’entretien, Gaëlle Borgia évoque sans détour les défis du journalisme lorsqu’on est une femme à Madagascar. Le champ médiatique, notamment politique, reste largement dominé par des logiques masculines. Accéder à l’information, couvrir des événements officiels ou simplement occuper l’espace implique souvent de s’imposer dans un environnement peu accueillant.

Certaines compétences techniques — conduire, filmer, diriger une équipe — sont encore perçues comme « réservées » aux hommes. Face à ces stéréotypes, Gaëlle Borgia encourage les femmes journalistes à ne pas s’auto‑censurer et à investir tous les rôles, y compris ceux dont elles ont été historiquement exclues.

Cette posture fait écho à l’engagement de nombreuses jeunes femmes de la Génération Z à Madagascar, qui, aujourd’hui, refusent de rester en marge et s’affirment comme actrices à part entière de la vie citoyenne.

Vulnérabilité, abus de pouvoir et violences numériques

Au‑delà des obstacles professionnels, Gaëlle Borgia met en lumière une réalité plus grave : la vulnérabilité accrue des femmes journalistes face aux abus de pouvoir. Elle évoque le cas d’une consœur confrontée à des avances imposées par un responsable politique en échange d’informations, révélant des rapports de force profondément inégalitaires.

Elle partage également son expérience du cyberharcèlement. Lorsqu’elle a révélé des mensonges d’une figure politique influente, le débat s’est déplacé : au lieu de porter sur les faits, il s’est concentré sur sa personne. Attaques, dénigrement, accusations infondées — des mécanismes bien connus des femmes engagées dans l’espace public.

Ces violences, physiques ou numériques, ne visent pas seulement à faire taire des journalistes. Elles cherchent à décourager l’engagement féminin, un phénomène que la jeunesse engagée combat activement aujourd’hui.

Le 8 mars : une lutte quotidienne, pas symbolique

Pour Gaëlle Borgia, la Journée internationale des droits des femmes ne peut se limiter à une commémoration annuelle. À Madagascar, où une grande partie des femmes vit dans une précarité extrême, la lutte pour les droits des femmes est une urgence permanente.

La majorité des femmes travaillent dans l’agriculture, sans protection sociale, sans retraite, sans filet de sécurité en cas de maladie ou de crise climatique. Cette réalité économique fragilise leur autonomie et leur capacité à s’engager pleinement dans la vie citoyenne.

Pour Gen Z Madagasikara, cette question est centrale : il n’y a pas de refondation démocratique possible sans émancipation réelle des femmes, notamment des plus vulnérables.

Rendre visibles les injustices structurelles

L’engagement journalistique de Gaëlle Borgia se concentre sur des réalités souvent invisibilisées : grossesses précoces, mariages forcés, stigmatisation des mères célibataires, précarité menstruelle. Autant de sujets rarement traités, malgré leur impact massif sur la vie des femmes.

Elle évoque notamment un reportage marquant sur la précarité menstruelle. Critiquée pour avoir montré le sang des règles à l’écran, elle rappelle que ce choix était pleinement assumé par les femmes concernées. Montrer la réalité, sans détour, devient alors un acte politique, destiné à briser le silence et la honte imposés.

Un féminisme ancré dans les réalités locales

Interrogée sur les leviers de changement, Gaëlle Borgia avance des propositions concrètes : création d’un ministère dédié à l’émancipation des femmes, gratuité des protections hygiéniques pour les plus vulnérables, soutien aux associations féminines rurales.

Elle déconstruit aussi l’idée d’un féminisme importé. Selon elle, les revendications féministes les plus fortes viennent souvent de femmes rurales malgaches, éloignées des cercles militants occidentaux. Leur exigence est simple : être reconnues comme capables, intelligentes, autonomes et dignes.

Cette vision rejoint celle portée par les jeunes femmes engagées de la Génération Z à Madagascar, qui construisent un féminisme enraciné, citoyen et inclusif.

Donner la parole, c’est transformer la société

À travers son travail, Gaëlle Borgia affirme une conviction essentielle : donner la parole est un acte politique. En rendant visibles les vécus des femmes les plus marginalisées, le journalisme devient un outil de transformation sociale.

Son parcours illustre le rôle fondamental des femmes engagées — journalistes, militantes, citoyennes — dans la construction d’une société plus juste. Une société où l’égalité n’est pas un slogan, mais une réalité vécue.

C’est précisément cet engagement que Gen Z Madagasikara souhaite mettre en lumière et amplifier : une jeunesse inclusive, où les femmes occupent une place centrale dans la refondation démocratique du pays.

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