Régime Randrianirina : Refondation ou récupération ? Ce que le pouvoir révèle de lui-même

Cinq mois. C’est le temps qu’il a fallu pour que le sourire de la rupture se transforme en grimace. Le régime Randrianirina est arrivé au pouvoir porté par une vague, celle du peuple Malagasy. Et aujourd’hui, il commence à se retourner contre lui. Les arrestations de militants Gen Z les 14 et 15 avril, au motif d' »atteinte à la sûreté de l’État », ne sont pas un accident de parcours. Elles sont le signal d’un pouvoir qui, faute de livrer des résultats, apprend à gérer ceux qui les réclament.

1. Un pays pillé pendant qu’on regarde ailleurs

L’état d’urgence énergétique décrété le 7 avril pointe la guerre au Moyen-Orient. Commode. Parce que pendant ce temps, les deals continuent à huis clos, sans comptes à rendre. Les contrats sur les ressources, les terres cédées, les concessions négociées dans l’ombre : la prédation ne s’est pas arrêtée avec le changement de régime, elle a juste changé de mains.
Et dans ce tableau, une puissance comme la Russie ne cherche pas à aider Madagascar, elle cherche un pied-à-terre. Quand les ressources d’un peuple sont bradées à l’extérieur en échange de tanks pendant que ce même peuple vit sans eau, sans électricité et plongé dans la malnutrition, on n’est plus dans la mauvaise gestion. On est dans le vol organisé. Et le régime Randrianirina entame toute une opération de séduction massive pour nous en distraire. Un air de déjà-vu, mais cette fois-ci au moins les masques tombent vite.

« La prédation ne perdure pas de ce qu’elle dévore, mais de ceux qui veulent bien s’empiffrer. Et dans une porcherie, bien sûr, ce ne sont pas les gloutons qui manquent » – Elie Ramanankavana

2. La liberté d’expression, prochaine victime

Le régime Randrianirina semble avoir oublié d’où il vient. Sans le mouvement de la Gen Z, sans les milliers de malagasy solidaires dans les rues en octobre 2025, la Refondation n’existe pas. Le colonel n’a pas pris le pouvoir, on le lui a donné. La rue lui a offert ce qu’il n’avait pas su obtenir par lui-même. Et aujourd’hui, ceux qui le lui rappellent finissent en garde à vue.

Le CAPSAT, qui avait posé sa légitimité sur le refus de réprimer le peuple, laisse faire évidemment. C’est là que le double langage devient insupportable : un discours d’unité nationale d’un côté, des arrestations ciblées de l’autre. Ce glissement a un nom: requalification de la contestation, qui est bien expliqué dans cet article de Diapason.
Alors posons la question frontalement: sur quoi repose encore ce pouvoir ?

3. Sa légitimité, c’est notre monnaie et elle a un prix

Soyons précis sur un point : la communauté internationale, les institutions, et le peuple malagasy lui-même ont accepté de reconnaître ce régime parce qu’il avait mis fin à la répression brutale de Rajoelina. C’est tout. C’est la seule base. Ce régime est né de la rue, ce droit d’expression doit rester inaliénable, ou la base s’effondre. Réprimer une protestation aujourd’hui, même moins massive qu’en octobre 2025, c’est un coût politique énorme. C’est saper la seule légitimité qu’il possède.

La question n’est plus « est-ce que ce régime peut encore se corriger ? » La question est : à quel moment nomme-t-on ce qu’on voit ?

La pieuvre n’a pas encore ses tentacules ancrés partout. Il reste une fenêtre. Mais les fenêtres se ferment vite quand personne ne crie.

Ce que la trahison révèle

Il y a quelque chose de particulièrement douloureux dans ce qui se passe aujourd’hui. Pas la surprise, les transitions africaines ont leur mécanique, et elle est bien documentée. Ce qui est douloureux, c’est la confirmation. Le peuple malagasy n’a pas seulement renversé un régime. Il a cru, pour une fois, qu’il construisait quelque chose. Il a mis corps et âme dans la rue. Et ce qu’il reçoit en retour, cinq mois plus tard, c’est la prison pour ceux qui osent interpeller le public.

La transition, à ce stade, ressemble de moins en moins à une rupture et de plus en plus à une récupération. Un changement de locataires dans la même maison, avec les mêmes habitudes, les mêmes circuits, les mêmes appétits. Le colonel a profité d’une fenêtre historique, non pas pour transformer le système, mais pour s’y installer confortablement au moment précis où personne ne pouvait s’y opposer. Et pendant qu’on débattait de Refondation, les deals se négociaient. Pendant qu’on espérait, les positions se prenaient.

L’ultime question maintenant, c’est ce qu’on fait de cette lucidité.

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