Gen Z Madagascar : une lettre ouverte adressée au Président de la Refondation
- 18 avril 2026
Le 17 avril 2026, Gen Z Madagasikara a rendu publique une lettre ouverte adressée au Président de la Refondation de la République, Michael Randrianirina.
Cette démarche n’est ni symbolique, ni circonstancielle. Elle s’inscrit dans une continuité politique et citoyenne portée par la Génération Z à Madagascar, depuis les mobilisations de septembre 2025 jusqu’aux événements récents du 10 avril 2026.
À travers cet article, nous souhaitons replacer cette lettre dans son contexte, en expliquer les motivations, et en publier le contenu intégral afin que chacun puisse en prendre connaissance sans filtre ni interprétation.
Septembre 2025 : une parole citoyenne fondatrice
Les mobilisations de septembre 2025 ont marqué un tournant. La jeunesse malagasy s’est alors exprimée massivement pour dénoncer un système de gouvernance jugé injuste, opaque et autoritaire.
Ces mobilisations portaient des revendications claires : justice, transparence, dignité, et liberté d’expression.
La Génération Z à Madagascar a joué un rôle central dans cette dynamique, souvent au prix de risques personnels importants. Arrestations, intimidations, violences : l’engagement citoyen n’a pas été sans conséquences.
La Refondation : espoir initial, inquiétudes actuelles
Le changement de régime qui a suivi a suscité un espoir réel. Beaucoup de citoyens, et en particulier de jeunes militants, attendaient une rupture nette avec les pratiques de l’ancien système, incarné par des figures et des réseaux largement rejetés par la population.
La Refondation promettait une nouvelle manière de gouverner. Pourtant, plusieurs mois plus tard, un malaise s’installe.
La lettre ouverte exprime ce sentiment de plus en plus partagé : la direction prise par le pays apparaît floue, tandis que certaines pratiques rappelant celles du passé semblent se reproduire, portées par de nouveaux acteurs.
Il ne s’agit pas d’accusations judiciaires, mais d’un constat politique et citoyen, nourri par l’observation du terrain et le vécu quotidien des jeunes.
Avril 2026 : confusion, récupération et répression
Dans ce contexte tendu, les événements du 10 avril 2026 ont agi comme un révélateur.
Un appel à la manifestation s’est diffusé à partir d’une affiche entièrement générée par intelligence artificielle, usurpant l’identité visuelle et symbolique de Gen Z Madagasikara.
L’origine de cette affiche demeure inconnue. Néanmoins, sa diffusion massive a créé un momentum réel sur les réseaux sociaux, poussant des citoyens sincères, partageant nos valeurs, à se mobiliser.
Même si ces rassemblements n’ont pas atteint l’ampleur de ceux de septembre 2025, la réaction des autorités a été rapide et perçue comme sévère, avec l’interpellation de plusieurs jeunes.
Des informations font état de personnes se revendiquant membres de la Génération Z actuellement détenues.
Liberté d’expression : une ligne rouge
Peu importe les intentions initiales de ces jeunes.
Qu’ils aient agi par conviction, sous influence ou dans un contexte de manipulation, aucune de ces hypothèses ne justifie la privation de liberté pour une expression citoyenne pacifique.
C’est sur ce point que Gen Z Madagasikara est ferme :
👉 la liberté d’expression fait partie des valeurs fondamentales que nous défendons.
Nous demandons donc la libération rapide des jeunes actuellement détenus, dans le respect des droits fondamentaux et de l’État de droit.
Pourquoi une lettre ouverte ?
La lettre ouverte adressée au Président de la Refondation, Michael Randrianirina, vise à poser publiquement des questions que beaucoup se posent en privé :
- La Refondation respecte‑t‑elle encore les aspirations exprimées dans la rue ?
- Les pratiques actuelles sont‑elles conformes à la Constitution ?
- Est‑il légitime de traiter des jeunes engagés comme des criminels ?
- Quelle société voulons‑nous transmettre aux générations futures ?
Publier cette lettre sur notre blog, c’est assumer une parole citoyenne structurée, loin du bruit et des récupérations.
📄 Lettre ouverte au Président de la Refondation de la République
(Texte intégral — 17 avril 2026)
LETTRE OUVERTE À MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA REFONDATION DE LA RÉPUBLIQUE
17 avril 2026La direction du pays reste floue. Et nous, jeunes militants qui avons porté les revendications sur le terrain, avons été divisés par l’argent, par des promesses illusoires. Beaucoup dans votre entourage y ont contribué.
De plus en plus, certains de vos soutiens utilisent les questions d’origine et d’appartenance ethnique comme armes pour faire taire les voix discordantes. Pourtant, beaucoup d’entre eux étaient à nos côtés dans la lutte, donnant leur énergie, parfois leur sang. Pour notre part, nous refusons d’alimenter des divisions entre Malgaches.
Les politiciens, amis des militants et du peuple il y a encore six mois, restent aujourd’hui silencieux face au désordre, au retour de pratiques autoritaires et au manque de transparence. Silence face aux arrestations violentes et aux accusations floues visant nos camarades.
La ministre de la Justice, autrefois militante engagée contre l’injustice, demeure aujourd’hui étrangement silencieuse face aux affaires impliquant ses anciens compagnons de lutte.
Et la situation du pays, dans son ensemble, rappelle dangereusement celle d’hier :
- L’insécurité persiste du nord au sud, avec une montée des vindictes populaires et des abus des forces de l’ordre.
- Le coût de la vie augmente et devrait atteindre une hausse de 8,4 % selon la Banque centrale de Madagascar.
- Plus de deux millions de Malgaches font face à la sécheresse et au kere dans plusieurs régions. Certains en meurent déjà, dans un silence préoccupant.
Comme le dit le proverbe malagasy : “Ny tsimoly olobe tsy miady zaza.”
Ainsi, nous appelons les aînés, juristes, chercheurs et enseignants‑chercheurs, fiertés de Madagascar, à nous éclairer, nous enfants, qui sommes hors du palais comme ceux qui y sont :
- La situation actuelle est‑elle conforme à la Constitution ?
- Est‑il constitutionnel d’avoir cinq chefs d’État et de ne pas avoir de Sénat depuis plusieurs mois ?
- Est‑il juste et légitime de traiter des jeunes engagés pour leur pays comme des criminels ?
- Est‑ce cela, la culture malagasy que vous nous transmettez ?
Pendant ce temps, Messieurs les chefs d’État, vous vous apprêtez à festoyer au Festival Tsapiky, entouré du gouvernement, de députés jadis pro‑Rajoelina et anti‑Révolution, et de responsables politiques en quête de respectabilité.
Et nous ? Nous, jeunes, sommes dans l’inquiétude. Nous demandons s’il reste encore un avenir pour Madagascar, quand le militant sera arbitrairement arrêté et tué un malfrat dans la nuit.
Alors une seule question, Monsieur le Président de la Refondation :
Quand reconnaîtrez‑vous que votre manière de conduire la Refondation ne correspond pas aux aspirations portées dans la rue ?Ho an’ny Tanindrazana !
La Gen Z Madagasikara et les citoyens qui ne se reconnaissent pas dans ce semblant de Refondation.
Une position inchangée
À travers cette lettre et cet article, Gen Z Madagasikara réaffirme une ligne claire :
- Nous soutenons le droit du peuple à réclamer justice, dignité et transparence.
- Nous refusons toute récupération politique, quelle qu’en soit l’origine.
- Nous condamnons la répression arbitraire et toute atteinte aux droits fondamentaux.
- Nous appelons à la vigilance collective et à la lucidité citoyenne.
La Refondation ne se fera ni par la peur, ni par le chaos, encore moins par l’effacement de la jeunesse.



