Madagascar : La Génération Z prise entre deux feux

Les tensions que connaît actuellement Madagascar ne peuvent être comprises sans revenir sur les événements de septembre 2025. À cette période, des mobilisations citoyennes d’ampleur avaient exprimé un rejet clair d’un système perçu comme injuste, opaque et déconnecté des réalités du peuple. Ces manifestations traduisaient une exaspération profonde face à la dégradation continue des conditions de vie, à la corruption systémique et à l’absence de perspectives pour la jeunesse, tout en portant une revendication centrale : la liberté d’expression et le droit de contester pacifiquement.

Le changement de régime intervenu par la suite avait suscité une attente légitime. Une partie importante de la population espérait alors une rupture réelle avec les pratiques du passé. Les figures associées à l’ancien système — dont Andry Rajoelina, Maminiaina Ravatomanga et d’autres symboles d’un pouvoir étroitement lié à des intérêts privés — semblaient avoir quitté le devant de la scène. Toutefois, plusieurs mois plus tard, un malaise s’installe : des méthodes rappelant celles de l’ancien régime donnent le sentiment de réapparaître, portées désormais par de nouveaux acteurs, dont l’enrichissement rapide et l’opacité interrogent.

Il ne s’agit pas ici d’accusations formelles, mais d’un constat largement partagé dans la société civile : les pratiques autrefois dénoncées par la population semblent se reproduire, alimentant une désillusion croissante, en particulier au sein de la jeunesse engagée.

Le 10 avril 2026 : une mobilisation née d’une confusion organisée

À la veille du 10 avril 2026, un appel à la manifestation s’est propagé sur les réseaux sociaux à partir d’une affiche dont l’origine demeure inconnue. Ce visuel, entièrement généré par intelligence artificielle, reprenait de manière approximative le logo et l’identité visuelle de Gen Z Madagasikara — une altération immédiatement perceptible pour les observateurs familiers de notre communication. L’usage de l’IA ne se limitait pas au symbole : l’identité du mouvement dans son ensemble a été imitée, donnant l’illusion d’un appel officiel émanant de nos structures.

Cette affiche s’est diffusée rapidement via des messages privés, des groupes Facebook et divers relais non identifiables. Bien qu’elle ne soit pas authentique, elle a créé un élan numérique réel, poussant des citoyens sincères, partageant des valeurs proches des nôtres, à se mobiliser spontanément et à organiser des rassemblements. De manière générale, l’appropriation de notre identité ne pose pas de problème lorsqu’elle repose sur l’intégrité et le respect de nos principes. Dans ce contexte précis, cependant, cette confusion a exposé des citoyens à des risques importants, rendant la situation particulièrement sensible.

Les rassemblements du 10 avril 2026 n’ont peut‑être pas atteint l’ampleur ni l’impact de ceux de septembre 2025. Néanmoins, la réaction des autorités a été rapide et perçue comme sévère, avec l’interpellation de plusieurs jeunes présents lors des manifestations. Ces événements ont renforcé le sentiment que toute expression collective, même pacifique, est désormais susceptible d’être considérée comme une menace, contribuant à un climat d’inquiétude grandissant.

Une liberté d’expression encore fragilisée à Madagascar

Il est essentiel de rappeler que les mobilisations de septembre 2025 défendaient explicitement la liberté d’expression et le droit de manifester pacifiquement. Ces droits fondamentaux sont au cœur de toute démocratie vivante. Or, l’attitude du pouvoir actuel semble rappeler, par certains aspects, celle de l’ancien régime : recours accru aux interpellations, enquêtes dont la finalité interroge, pressions sur des citoyens engagés.

Dans ce contexte, des informations font état de personnes se revendiquant membres de la Génération Z actuellement détenues à la suite des événements récents. Peu importe leurs intentions initiales — qu’elles aient été sincères, influencées, manipulées ou même instrumentalisées par des acteurs tiers — nous ne pouvons accepter que la réponse apportée soit la privation de liberté pour des expressions citoyennes pacifiques.

La liberté d’expression, y compris la critique du pouvoir et la manifestation non violente, fait partie intégrante des valeurs que nous défendons. À ce titre, nous demandons que ces jeunes soient relâchés dans les plus brefs délais, dans le respect des droits fondamentaux garantis par l’État de droit.

Le risque permanent de récupération du mouvement de la Génération Z à Madagascar

Dans le même temps, la jeunesse doit faire preuve de lucidité. Les réseaux d’influence liés à l’ancien régime n’ont jamais totalement disparu. Leur capacité à exploiter le mécontentement populaire, à semer la confusion ou à tenter des récupérations politiques demeure une hypothèse crédible, au regard de l’histoire récente de Madagascar.

Cela rend la période actuelle particulièrement délicate : la colère est réelle, mais elle peut être instrumentalisée. La vigilance est donc indispensable pour éviter que des revendications légitimes ne servent des intérêts contraires à l’intérêt général.

Notre position reste inchangée

Face à cette situation complexe, Gen Z Madagasikara réaffirme une ligne claire, responsable et constante :

  • Nous soutenons le droit du peuple à réclamer justice, dignité et transparence, dans le respect des principes démocratiques.
  • Nous refusons toute récupération politique, quelle qu’en soit l’origine.
  • Nous condamnons toute forme de répression arbitraire, d’intimidation ou d’atteinte aux droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression et de manifestation pacifique.
  • Nous appelons à une vigilance collective, à une discipline citoyenne et à une lucidité accrue face aux tentatives de manipulation.

La refondation de Madagascar ne se fera ni par la peur, ni par le chaos, et encore moins par la nostalgie d’un passé récent qui a déjà montré ses limites.

Construire, malgré tout

Être pris entre deux feux ne doit pas conduire à l’immobilisme. Cela exige au contraire plus de maturité politique, plus d’organisation et plus de solidarité. La jeunesse malgache ne doit être ni instrumentalisée, ni réduite au silence.

Gen Z Madagasikara poursuivra son engagement pour une refondation pacifique, participative et démocratique du pays, en s’appuyant sur l’éducation citoyenne, les Comités Populaires Locaux, la transparence et l’écoute du terrain. Ce chemin est exigeant, mais c’est le seul capable de produire un changement durable et légitime.

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